Patagonia Gliding

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Premier vol de 1000 km réalisé par Andreas Hänggi le 10/12/2001

1020 km au-dessus des Andes

Chos Malal, nom magique, bourgade perdue dans les Andes de la Patagonie de l’Argentine et qui est en train de devenir un haut-lieu du Vol d’Onde et de Montagne, tant pour les vélivoles du pays comme pour les “oiseaux migrateurs” du monde entier. Né il y a quatre ans d’un rêve de quelques idéalistes auquels j’ai pu me joindre, tous pilotes des deux seuls clubs de Vol à Voile  patagoniques vraiment actifs,  avec une vision au-delà des crises et des “petits secrets bien gardés”. Partager ce paradis, faire connaître, telle est notre devise. Avec deux avions remorqueurs, deux Jantar Standard  et deux bi-places nous avons reactivé l’aéroport de Chos Malal depuis longtemps oublié des Services Oficiels. Les premiers Vols d’Onde ont été realizes par Horacio Miranda, le “Cholo Miranda”, il y a dix ans. Avec une petite bouteille d’oxygène et un masque pour ambulances il a grimpé a 10.600 m au-dessus de la “Cordillera del Viento” située à 24 km de la piste asfaltée de Chos Malal...

  C’est ma deuxième année dans ce Centre qui pour le moment ne fonctionne que l’été pendant 10 ou 12 semaines. Notre groupe de travail – tous bénévoles – est constitué de seulement cinq membres : Miguel Laso et Eduardo Segura, les deux pilotes profesionnels, Agustin, pilote remorqueur, le Cholo Miranda et moi, les “vieux” puisque retraités. Le chef de l’Aérodrome (choses de la Patagonie: il n’y  a plus d’avions qui atterrissent sur la magnifique piste de 1500 m , mais le “Chef” et la Tour de Contrôle sont là, dans l’attente d’un improbable vol en provenance de nulle part et d’ailleurs!), Don Custodio nous prête sa petite maison de service plutôt rudimentaire mais bienvenue et dans la “salle d’embarquement” nous avons installé un Ordinateur, les cartes aéronautiques ce qui nous fait une luxueuse salle de “briefing”. Les pilotes venues de la plaine sont nombreux cette année et a tour de rôle nous les initions aux secrets du vol d’onde et de montagne, -en majorité ils volent leur diamant d’altitude- et il nous restent peu de loisirs pour faire quelque chose d’intéressant nous-mêmes. – Miguel Laso a bien volé un triangle de vitesse de 100 km avec un IS 28b (bi-place métallique d’origine Roumaine, plutôt un veau...), atteignant la respectable moyenne de 151 km/h et le “Cholo Miranda” a enfin homologué son vol historique d’il y a dix ans: 10.100 m (et ça montait encore, mais les regles de sécurité nous interdisent d’aller plus haut.).

   Quant a moi, je rêvais depuis longtemps d’un mil et nous avions la certitude que, partant de notre onde personnelle qui fonctionne en moyenne cinq jours sur sept au-dessus de la Cordillera del Viento vers le Sud la chose était tout a fait faisable. Dans la première semaine du mois de Novembre je me lançais une première fois, sans lenticulaires, la masse d’air étant peu humide, seulement quelques nuages de rotors me signalaient la route et a mesure que j’avançais ils s’effilochaient, plus j’allais, plus je descendais pour me retrouver finalment à 2400 m en local de l’aérodrome “Las Lajas”, à 210 km de mon point de départ. Le vent y était, 30 kn du 260 mais je rentrais en me traînant de thermiques en thermiques à la base.

    Le soir il y avait fête, trois diamants (l’onde fonctionnait “exclusivement” sur la Cordillera del Viento), Don Custodio qui décidemment prenait au serieux son rôle de chef d’Aérodrome nous préparait un chevreau “a la parilla”, la piétaille (c’est a dire nous) lavait et asaissonait la salade et ouvraient les dame-jeannes de vin. Bien que délicieux, les convives demandait avec insístance le sel pour leur viande qui avait une agréable saveur sucrée...enquête faite il s’avère que le malheureux  cuisinier avait confondu une boîte d’édulcorant (nutra-sweet, propagande gratis!) avec la salière!

   A la fin du mois de novembre aparaît Thierry Fraize, Français “argentinisé” en compagnie de “Lito” Fentanes, un vétéran de 74 ans encore fort actif, ainsi que Jean François Jansen,  Belge, notre Centre commence a s’internationaliser. Thierry ne perds pas son temps, après les vols d’initiation, comme si c’était la chose la plus simple du monde, il gagne son Diamant d’altitude.. et Jean François  commence a se préparer pour l’année 2002.

   Le 9 décembre, notre “Sorcier-Météo” Luis consulte toutes les pages météo disponibles dans l’internet (les mauvaises langues prétendent même qu’il examine aussi les tripes d’un poulet sacrifiée pour prédire la venue d’un front...) et nous annonce que “demain c’est le grand jour!”.

      Plein d’espoir je prépare mes affaires et me couche de bonne heure. Le jour suivant, a six heures du matin, il n’y pas un poil de vent mais la Cordillera del Viento est couronnée d’un magnifique lenticulaire long des 45 km “réglementaires” et vers le Sud, l’onde de Loncopué est aussi au rendez-vous. Nous emmenons le Jantar “CU” en piste, je m’installe et nous branchons ce qui faut brancher ( Régistreur de vol Cambridge avec un double aller et retour programmé, Oxygène, circuit oxy de secours, radio), j’entasse un peu de provisions (barre de céréales et de l’eau), mon appareil foto, le GPS ainsi qu’une bouteille d’oxygène supplémentaire de 5 kg que je coince en-dessus de mon coude droit, maintenant il faut fermer le cockpit, c’est pas très spacieux un Jantar! Le dernier sondage météo m’annonce 35 a 45 kn de vent du 260 – 280, vers les 6000 m. Parfait, on y va!

Décollage a huit heures, un peu tard a mon goût , le remorqué est tranquille et 18 minutes plus tard nous arrivons dans (ou en-dessous) des rotors. Je me libère à 2400 m, derrière mois “Lito” a décollé avec le DG 200 de son club et, avec une confiance aveugle il me dit: “je te suis pour trouver l’entrée dans l’onde” chose qui me remplit d’angoisse car mes premières évolutions se déroulent dans un magnifique – 5 m/sec! “Ne me suis surtout pas!!..” Bon, enfin je l’ai, 4 –6 m/sec., en + cette fois-ci, peu de turbulence et je me retrouve dans le laminaire. Bien-sûr ça grimpe, mais je suis trop occupé pour étudier le vario, me dirige vers mon point de départ que je ne veux pas passer avec trop d’altitude, 3400 m me paraissent bien, ok, et je m’appuye au mur de la lenti qui m’élève rapidement à 7900 m, suffisant pour prendre la route vers le Sud et traverser une zone sans aucun secours d’une onde. 74 km, avec le vent trois-quarts dans le nez, je perds 2000 m  mais je réussis me “brancher” avec le puissant système du premier ressaut de l’onde de Loncopué. Une lenticulaire monstrueuse, long d’environ 200 km, sans interruption me trace ma route. Toute en ascendant avec  2 m/sec, en ligne droite, en tenant compte mon altitude, je régule ma vitesse à 160 – 170 km/h indiqués. Une fois à 8000 m je transforme le vario toujours positif en vitesse, bien-sûr je tiens compte de la correction nécessaire de celle-ci, la VNE n’est pas loin dans ces parages...

      L’immense muraille de cette super-lenti m’emmène presque directement à mon premier point de virage, “Fortín de 1er de Mayo”mais à 32 km de ce premier but je dois m’écarter, et contre le vent et m’aventurer au-dessus d’ une couche compacte de nuages  du genre stratocu, laissant derrière moi l’onde bienfaitrice.... Sur la pointe des pieds je m’avance, heureusement ça déscend peu, je surveille le GPS et le Cambridge qui égrènent lentement les kilomètres qui me manquent... –Enfin!

L’aiguille du GPS tourne et pointe vers le second point de virage, vite je rejoins mon “rail TGV” et marche résolument vers le Nord, revenant ainsi sur mes pas. Le “Chenque”, appuyé contre le Volcan “Domuyo” est mon deuxième objectif et pour me faciliter les choses je passé de nouveau par notre “jardin privé” de la Cordillera del Viento où je refais le plein d’altitude. Cette fois je prends 8850 m et de nouveau je fonce vers le Sud. La traversée de la zone de descendants me coûte cher cette fois-ci, je me retrouve à 4012 m au Nord de la vallée de Loncopué. 15 minutes de sueur et d’angoisses pour me rebrancher avec le paradis des ondes qui décidement se refugient aujourd’hui à grande altitude et de nouveau je voyage comme sur des rails!

        Fotos, m’alimenter (pas facile avec le masque d’oxygène qu’il faut enlever et remettre entre chaque bouchée) et surveiller la bonne marche de mon jet, en plus d’admirer le paisaje sont mes seules occupations. L’habituelle invasión d’air humide en provenance du Pacifique (nous sommes à 200 km de la côte chilienne) se matérialise dans l’Ouest, a basse altitude, les ouvertures dues à l’effet de Föhn et au lointain, dans l’Est le désert patagonique, une composition de nuages de toute beauté. Mon troisième point de virage lui aussi se cache en-dessous des nuages, cette fois-ci je me sens tout un “capo”, j’avance résolument – clic, virage – ça y est et il ne me manque que 260 km pour rentrer. Le retour au bercail me réserve une surprise, il semble que l’onde est en train de disparaître a en juger d’après les commentaires à la radio et j’ai en effet toutes les peines du monde pour passer l’arrivée, et rentrer ensuite au terrain à  24 km de là! Du coup mon “but fixé” s’est tranformé en “distance libre 3 points de virage” selon  FAI, ça fait rien, j’éprouve une grande joie, mes “mil” sont dans la poche et j’ai fait un vol qui restera gravé dans ma mémoire pour toujours! Les experts examinent a la loupe mon vol : 1018 km, 7 heures et 31 minutes, une moyenne de     136 km/h, bien-sûr il y a plus vite mais nous volons sans ballast et tant le planeur comme le pilote ne sont plus tout jeunes.

          Le soir nous fêtons un vol plus mémorable encore!:  “Lito” Fentanes, rappelons ses 74 ans, a grimpé ce matin a plus de 9000 m et couronné ainsi sa carrière vélivole avec ce troisième diamant tant difficile de gagner en Argentine où avant Chos Malal “tout était plat”, le “Cholo Miranda” a réalisé un aller et retour de 550 km, lui aussi rafle son troisième diamant et bien-sûr mon “mil” qui est le premier vol supérieur a 1000 km réalisé par un pilote avec une Licence Argentine et au bord d’un planeur de ce pays, donc : “record national”, toute une histoire! Je n’oublie pas cependant que je dois beaucoup a mes amis du club de Cutral Co qui m’ont prêté le Jantar, qui m’ont aidé, a d’autres qui ont tracé les premiers vols de distance en onde dans les Andes, comme Klaus Ohlmann. Mes premiers vols d’onde me reviennent à la mémoire, à Saint Auban au cours de mon stage d’Instructeur de pilotes de planeurs, les fins de semaines nous avions droit aux “Edelweiss” y autres orquidées de l’époque  et je récoltais ainsi un diamant d’altitude bien Français, au-dessus de la montagne de Lure.

       Notre Centre de Chos Malal a sans aucun doute un grand avenir devant soi, les conditions météo excepcionnelles se prêtent aux vols de grande distance et aux circuits de vitesses probablement pendant prèsque toute l’année. Et l’esprit y est resté avant tout “Vol a Voile”, loin d’une ambiance “comérciale” et d’ostenation. Nos efforts se conjuguent pour conserver ce bien précieux au bénéfice de tous.

    André Haenggi  pukaki@fibertel.com.ar 

   Tandil - Argentine

Track du vol sur la carte (321 Kb) 

 mArchives du vol en format  IGC et CAI compriés

Archives du vol en format IGC

Andreas au moment de l'atterrissage 

Remise de la trophée destinée au premier pilote avec licence Argentine ayant réalisé un vol de 1000 Km.